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L'oniromancien
--> Dance with me, make me sway
Avez vous déjà vécu un de ces rêves si réels, qu'au réveil, vous en gardiez les stigmates ?

L'action commence dans un quartier pauvre, perdu au milieu d'une grande ville anonyme et grouillante comme les restes épars d'une épouse trompée au bas de la falaise. Les trottoirs larges surélevés, la chaussée défoncée, les murs de briquent soupirent tous comme d'anciens mineurs rompus par une vie de labeur. Plusieurs façades sont recouvertes de bâches plastiques grises et sales, comme si la rénovation pouvait redonner de l'éclat à la patine qui recouvre cet endroit paisible de son linceul. Derrière l'une de ces bâches, il y a un plombier qui travaille près d'une fenêtre grande ouverte. Ici et là, d'énormes tuyaux sortent du sol ou passent par dessus les immeubles aux cheminées de tuiles. Le soleil se pose doucement sur plusieurs enfants restés dans la rue, soit pour jouer soit pour admirer les devantures désuètes des magasins de vêtements ou de bonbons.

Une bourrasque viens brusquement soulever la bâche devant laquelle travaille le plombier, et entraîne celui ci dans le vide. Il atterrit dans un amas de tubes métalliques avec un fracas du tonnerre. Par chance, il est indemne. Du moins physiquement. Le regard perdu dans le vague, l'oeil brillant d'une folie nouvelle, il lève les bras aux cieux et laisse fuir une note monocorde ininterrompue, comme s'il chantait. Tous les passants sont figés, les yeux braqués sur ce corps miraculé dont l'esprit s'est échappé.
Après un moment de flottement, les enfants s'approchent timidement. Bravaches, ils tournent autour de lui, tentant d'attirer son attention sans le toucher. Mais comme il ne réagit pas, ils s'attrapent par les mains et commencent une farandole autour de leur nouveau totem chantant. Un enfant, cependant, ne s'intéresse pas à ces jeux là. Il entre dans la confiserie d'un pas décidé et achète une boite de calissons. Lorsqu'il ressort, boite en main, les autres en ont fini avec leur nouveau jouet et se sont dispersés. Il s'approche alors du plombier et lui tends la boite. Ce dernier se tait, baisse les bras et regarde l'enfant comme s'il le voyait pour la première fois. L'enfant le prend par la main et l'emmène, comme on traine un chariot lorsqu'il est l'heure de rentrer.

---

Le décor est celui d'un café restaurant fait de plastique et de métal, comme on en trouvait sur la route soixante-six au cours de la même année. A l'une des tables, près de la fenêtre, il y a deux couples discutant avec animation. Un grand blond puissamment bâti et un petit brun chétif, accompagnés de deux élégantes et fines demoiselles aux cheveux auburn, des jumelles.
Le grand blond éclate de rire :

"- Dieu ce qu'on a pu avoir peur ce jour là... Je me souviens qu'on jouait aux cinéastes. Je disait "Le dernier film de... Avec le grand..." et toi tu cadrais avec tes doigts. Ca devait être impressionnant de voir lentement glisser ton père adoptif dans l'espace entre tes doigts avant de te rendre compte que c'était réel.
- Et toi qui était allé lui acheter des calissons pour son anniversaire, tu ne t'étais même pas rendu compte de ce qu'il se passait jusqu'à ce que tu le trouves en train de chanter au milieu de la rue.
- Je crois que son plus beau cadeau, ce jour là, ça a été de survivre.
- C'est possible oui. Allez, faut que je file, c'est aujourd'hui...
- Attend, attend. Après dix ans, il ne se souviens toujours de rien. Pourquoi tu t'obstines à lui apporter des calissons ? Ca ne changera rien. La seule chose qu'il n'a pas oublié, c'est la plomberie.
- Jack, tais toi enfin ! Nick, si tu as besoin de quoi que ce soit, tu sais qu'on est là, nous les filles.
- Merci Molly, mais ça va. Je vous retrouve à la cérémonie des diplômes."

Et voilà le petit brun qui disparait prestement par les grandes portes vitrées. On le retrouve dans une rue aux immeubles de briques rouges patinées ou quelques échafaudages servent de supports à des bâches de plastique. Des tuyaux sortent du sol ici ou là, enjambant les immeubles fatigués. Il entre dans une petite confiserie dont la devanture à vu de meilleurs jours.

"- Hey Don, rien n'a changé par ici, hein ?
- Ca tu peux le dire, gamin. C'est comme si le temps s'était figé. Non, ne dis rien, je devine pourquoi tu es là. Des calissons, hein ?
- Dans le mille Don. Encore merci. Je repasse bientôt, d'accord ?
- Attend, tu ne veux pas essayer quelque chose de nouveau, cette fois ci ?
- Don, tu me poses la question chaque année, et chaque année je te réponds que je suis désolé mais pas cette fois. Faut que je file. Une autre fois peut être !
- Tu dis ça chaque année."

Aussi vite est il entré, aussi vite est il parti.

---

Les environs consistent en un mur de béton dans lequel se trouve une porte rectangulaire métallique à deux battants coulissants. Devant se trouve un homme grand et solide, en costume d'un blanc éclatant aux boutons dorés. Lorsque la porte s'ouvre en chuintant, il enjambe l'ouverture pour arriver sur un couloir en demi-cercle large et bas de plafond, qui s'étend à perte de vue. Une mallette en main, il arpente le couloir jusqu'à trouver une intersection dans laquelle il tourne à droite, pour tourner à gauche à la suivante et monter sur un tapis roulant. L'itinéraire apparemment aléatoire obéit en fait à des directives très précises données par des panneaux plaqués aux murs. Il arrive cependant dans un couloir ou les panneaux ont disparu. Le plafond est tellement bas qu'il doit se pencher pour éviter de se cogner la tête. Au bout de ce petit couloir se trouve une sorte de salle ou plusieurs sas sont alignés côte à côte.
Un groupe de jeunes filles en uniforme bleu pâle entoure en gloussant un homme en costume bleu marine qui leur distribue des cartes plastifiées avec de grands sourires carnassiers et force clins d'oeil. Lorsque ce dernier vois arriver le costume blanc, son sourire s'élargit encore plus, si tant est que cela fut possible, et il hèle son porteur.

"- Commodore, joignez vous donc à nous ! Comment allez vous donc en cette si belle journée ? Selon les satellites, le soleil est radieux, là haut. Comment vont les affaires en ce moment ? Vous avez vendu beaucoup de guerres ? Oh mais attendez que je vous présente. Mes jolies, voici le Commodore Nick.
- Mesdames.
- Au fait, ta prochaine affectation est dans trois jours. Profite en pour voir tes parents, ils devraient être à la porte vingt-sept. Tu leur passera le bonjour de ma part, ils ont toujours été adorables avec moi. Tiens, n'oublie pas ta carte.
- Merci. Faut que je file."

D'un geste de la main, il prend congé de tous le groupe, et se faufile dans un des sas. Arrivé porte vingt-sept, il prend son père dans ses bras avec force. Un déclic se fait entendre, et le bras de son père se détache de l'épaule pour tomber par terre. Sous le choc, le poignet cède et libère la main. Le commodore laisse tomber sa valise et se jette au sol pour ramasser les deux objets, qu'il ré-emboite et tend à son père. Confus, il se répand en excuses.

"- Ce n'est rien, voyons, ça arrive. Ce n'est pas un lourd prix à payer pour avoir retrouver la mémoire.
- Tu sais Papa, il y avait ce petit garçon sur le champ de bataille...
- On ne parle pas boulot pendant les permissions, fils. Allez viens, on va te montrer où on a déménagé. C'est un petit couloir très pittoresque, avec très peu de circulation. Comme dans notre rue, tu te souviens ? Rien n'a changé, c'est comme si le temps s'était figé."

Après avoir marché dans un dédale de couloirs, ils arrivent sur un passage assez large ou ne s'attardent qu'une poignée de passants. Ce qui frappe, cependant, ce sont les étals. On en trouve normalement aucun dans les couloirs. Pourtant ici il y en a partout, et surtout, il y a un confiseur.

"- Mais, c'est exactement notre rue ! le cordonnier est au même endroit, le joaillier aussi...
- Et bien oui. On s'entendait bien avec les voisins, et ce couloir était abandonné, alors on l'a demandé et on nous l'a cédé sans trop d'histoires. Et si je ne me trompe pas, c'est le jour des calissons, aujourd'hui."

"- Je n'arrive pas à en croire mes yeux... Don ? Don c'est toi ? mais qu'est ce que tu fais là ?
- Ben tu vois bien gamin, je continue à vendre un peu de bonheur. Tu sais que j'avais prévu de te prendre comme assistant ? mais il a fallu que tu réussisse ton diplôme avec les honneurs. Quelle idée d'aller parcourir l'univers alors que tu avais un place ici. Tiens, je vais laisser ton remplaçant s'occuper de toi.
- Bonjour, je vais...
- Non, ne dites rien. C'est comme ça que ça marche ici, vous vous souvenez ? Une boite de calissons. Et des fruits confits.
- Des fruits confits ?
- Ca fait bientôt trente ans qu'on ne vous a pas vu, il faudrait penser à essayer quelque chose de nouveau plutôt que de toujours remettre à l'année suivante, non ? Alors les calissons, c'est pour la tradition. Les fruits confits, c'est pour vous. Pour que vous puissiez un jour vous pardonner.

---

Le couloir est vide, mes parents ont disparu; tout comme les étals, les voisins, les enfants qui riaient. Je suis seul dans un couloir souterrain, deux boites de sucreries à la main et mes jambes ne me portent plus. Sur mes joues roulent des larmes intarrissables.

Tu sais Papa, il y avait ce petit garçon sur le champ de bataille...
Ecrit par Mr Freeze, à 23:25 dans la rubrique "Classeur".



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